La victoire d’Hélène

 

[Salon d’un appartement au 6ème à Grenoble. Fenêtre ouverte. Vent frais. Bruits de circulation dehors. Décoration sobre de chez Ikea, blanche et sapin recouverte de décorations en tout genre.]

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Des cris… sans cesse des cris… Arrêtes! S’il te plais arrêtes! Arrêtes de crier… Trop de bruits. Trop de bruits partout. Dans la tête, ça s’arrête jamais de tourner. Dans la rue, ça s’arrête pas de circuler, de klaxonner. Dans la maison, ça hurle, ça pleure, ça crie, la radio à tue tête…

« Annonce de dernière minute: Dans l’affaire Jacqueline Sauvage, le Président de la République Française vient d’annoncer sa décision de gracier la condamnée à une remise de peine… »

Coeur: Stop. Respiration: Stop. Corps: Stop. Cerveau: Stop.

Plus un bruit.

D’un coup le silence c’est fait tout autour. Le bébé a cessé de pleurer, regardant sa mère de ses immenses yeux cristallins. Plus aucun son n’atteignent ses oreilles. Ni les voitures, ni la radio, ni les klaxons, ni l’interphone que le facteur en bas triture pour livrer un colis, ni le vent qui fait voler les rideaux blancs et décors le mur d’en face de ses motifs à fleurs. Plus un bruit.

Inspiration. Expiration.

Inondation.

Graciée… Elle a été graciée.

Hélène, son bébé dans les bras, arracha d’une main le collier qu’elle portait depuis ses quatorze ans. La plaque militaire de son père, décédé il y a quatre ans. AVC. Pleurant en silence de toutes ses forces, elle se sent à la fois immensément touchée, affectée par cette annonce, et libérée, heureuse. Car elle, Hélène, n’est pas une femme ordinaire. Sage femme. Elle aide à donner la vie par ce qu’on lui a volé la sienne. Résultat d’une agonie, d’un abandon, d’un sacrifice… Toute sa vie Hélène a lutté pour oublier ce qu’il s’est passé alors qu’elle n’était pas encore là. Oublier le visage de sa mère lui racontant l’origine de son existence. Les cicatrices sur son corps. Les silences aussi durs que l’acier…

Aujourd’hui, c’est fini. Aujourd’hui, les femmes ont un droit à la défense. Aujourd’hui est une victoire pour elle, pour Jacqueline, qu’elle suit depuis le premier jour que son nom paru dans les médias. Une victoire pour elle, pour Hélène, mais aussi pour sa mère, abandonnée. Une victoire sur des Monstres, des Norbert Marot, des pères violents, des étouffements cachés, des manipulations, des non-dits, des oublis… Victoire.

L’enfant regarde sa mère, les yeux débordant d’amour. De l’amour avec lequel il avait été voulu. Petite chose fragile et tellement belle aux yeux d’Hélène. Quelle chance elle a, elle, d’avoir trouvé l’homme qui, lorsqu’il pose la main sur elle, caresse, câline, embrasse, chérie. D’un mouvement, elle se retourne, pose tendrement son bébé dans le landau, prend le téléphone posé sur la vieille commode en chêne de sa grand mère, compose un numéro en se dirigeant vers la fenêtre, jette le collier aussi fort qu’elle le peut, colle le combiné à son oreille et regarde le ciel comme si elle le voyait pour la première fois. Eblouie.

« Allo Antoine. Ca y est! Ca y est!! Rentre vite. »

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