Devant son café

 

C’est une journée tout à fait normale. Il fait beau pour la saison. Le ciel est parsemé de quelques nuages gris inoffensifs. Le vent est frais et fait voler les écharpes autour des cous des passants. En plein milieu du trajet qui le ramène chez lui, il décide de s’arrêter boire un café au petit bistrot qui est au bout de la rue, collé à la gare. D’un pas élancé et rapide, il ne tarde pas à pousser la porte du petit établissement.

Bondé.

Tant pis, il a trop envie de son café. Il s’assoie au comptoir sur une chaise haute en métal argenté, rehaussé d’un coussin noir pour l’assise. « Un double expresso s’il vous plais ». Le barman, un homme jeune, à la carrure sèche, comme lui, se retourne vers sa Saeco, dépose à l’emplacement prévu une grande tasse à café, et appuie sur le bouton qui lance la commande. Une soucoupe, une mini cuillère et deux sachets de sucre plus tard, le café est servi devant le client, laissant ses arômes amers être aspirés par une respiration profonde. A la droite de cette tasse se trouve une pinte de bière. Son commanditaire, un homme d’apparence assez vieux mais qui n’a en fait qu’une quarantaine d’année, semble être de ceux que l’on appelle les « piliers » de ce type d’endroit. Sa moustache déjà poivre et sel gardait une partie de la mousse de sa boisson, encadrant une bouche à bec de lièvre. C’est un détail assez peu commun aujourd’hui pour être remarqué.

Téléphone.

L’homme parlait fort au serveur qui l’écoutait à peine. Décrochant à la dernière seconde, la voix qui se fit entendre à l’autre bout du « fil » était familière.

« Salut Papa, comment ça va? »

– Bien… et toi?

– Ho pas grand chose tu sais. Le boulot. Là je suis sorti du travail et je prends un café. Et toi? Tu as fini tes examens à l’hôpital ?

– Oui je suis rentré ce matin. »

Le jeune cadre était rassuré. Au moins, son père est chez lui. Téléphone à la main, il prend une gorgée de sa tasse de café, qu’il goûte avec envie. Finalement, une journée peut se terminée de manière assez normale, même pour un directeur. Il se mit alors à sourire.

« Erwan… j’vais mourir »

Qu… quoi?!!

D’un seul coup, le cerveau de notre protagoniste se mis en état d’alerte, de panique même. Comment ça « j’vais mourir »? Comment ça? D’abord le regard fixé dans le vide, il se mis alors à chercher autour de lui, sans savoir ce qu’il voulait réellement trouver. Un point de repère, quelque chose à quoi se raccrocher. Des mots passaient par ses oreilles mais n’arrivaient pas à se structurer dans son cerveau. « Le médecin », « Médicament à vie », « 10 ou 15 ans », « avait pas l’air optimiste »…

Dépassé, dévasté, Erwan tentait de reprendre ses esprits. Il quitta le bar, oubliant de payer son café. Il sorti par l’accès à la gare. Il y avait un peu de monde pour cette heure. Mais il ne faisait que les distinguer, sans vraiment les voir. Tout paraissait flou, comme dans un rêve, ou un trip au LSD mais avec moins de couleurs que ce qu’il avait connu. Sa vue se brouille. Il s’arrête net, la main contre un pilier pour ne pas tomber.

« Allo? Allo! ERWAN? »

Il remit le téléphone à son oreille. Sa voix. Il entendait encore sa voix. Il était toujours là.

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